Cent mille milliards de poèmes

Sonnet VIII

Lorsqu'un jour exalité l'aède prosaïse

Pour déplaire au profane aussi bien qu'aux idiots

La critique lucide aperçoit ce qu'il vise

Il donne à la tribu des cris aux sens nouveaux

L'un et l'autre a raison non la foule insoumise

Le vulgaire s'entête à vouloir des vers beaux

L'un et l'autre ont raison non la foule imprécise

À tous n'est pas donné d'aimer les chocs verbaux

Le poète inspiré n'est point un polyglotte

Une lange sufflit pour emplir sa cagnotte

Même s'il prend son sel au cette c'est son bien

Barde que tu me plais toujours tu soliloques

Tu me stupéfies plus que tous les ventriloques

Le métromane à force incarne le devin.